Le terrorisme est il efficace? Corrigé culture générale concours commun des IEPs

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Dans cet article, je vous propose un corrigé sur le sujet « Le terrorisme est il efficace? ». Ce sujet rentre dans le cadre de l’épreuve de culture générale et de questions contemporaines du concours commun des IEP sur le thème « Radicalités ».

Introduction

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, ont provoqué très vite l’idée d’une entrée dans une nouvelle ère mondiale, avec une promotion sans précédent du groupe terroriste Al Quaida. De ce point de vue, cet attentant semble être une action de communication radicale mais extrêmement efficace au regard des moyens utilisés et des résultats obtenus du point de vue des terroristes. Pourtant, immédiatement après, les réactions ont été vives, dans les pays occidentaux, mais également au-delà. L’immense majorité des gouvernements, y compris dans les pays musulmans, ont condamné ces actions. Au-delà des critiques des attentats terroristes, un consensus a également largement émergé sur une intervention en Afghanistan, pour viser directement les terroristes. Les attentats ont également légitimé la mise en place d’une action militaire visant à détruire un régime soutenant les terroristes. De ce point de vue, on peut considérer que cet attentat a été efficace à court terme mais contre-productif à moyen ou long terme puisque vu comme non légitime. Pour autant, si le terrorisme n’est pas efficace à long terme, il est étrange de voir se multiplier les actions terroristes ces dernières années. Faut-il donc penser que le terrorisme est efficace, c’est-à-dire qu’il est un moyen adapté pour parvenir aux fins des terroristes ? Et si c’est le cas, en quoi ?

Nous verrons que si le terrorisme n’est pas efficace en soi faute de légitimité, certains terrorismes deviennent efficaces lorsqu’ils dépassent cette appellation.

I) Le terrorisme est inefficace car illégitime.

Il n’y a certes pas de liens entre l’idée d’efficacité et de légitimité. La première notion concerne l’adéquation entre les moyens mis en œuvre et les objectifs poursuivis. La deuxième notion concerne l’adéquation entre les moyens mis œuvre et leur acceptation sociale, notamment au regard des valeurs reconnues dans une société donnée.

A) Le terrorisme est un moyen efficace de semer la terreur.

Le principal levier d’efficacité du terrorisme est l’instauration d’un sentiment de terreur qui affecte la région, le pays, le groupe ethnique visé par le terrorisme … mais également au-delà les touristes, investisseurs, partenaires etc. On peut citer par exemple l’impact en termes de baisse de fréquentation touristique lorsqu’une région est touchée par des attentats terroristes. Cela a été le cas à Paris suite aux attentats de 2015, en Égypte suite aux attentats de Louxor en 1997…

Pour cela le terrorisme se fonde sur un type particulier de violence pour instaurer la terreur parmi les populations visées avec des caractéristiques particulières :

  • La réitération : le terrorisme désigne un état dans lequel les attentats sont récurrents, réitérés ou au moins vécus comme tels. Un attentat isolé ne suffit pas pour être en situation de terrorisme.
  • Le hasard : une des composantes importantes qui provoque la terreur est le fait que les victimes sont très souvent choisies au hasard, ce qui donne l’impression à l’ensemble de la population visée qu’elle est une victime potentielle,
  • La facilité de mise en œuvre : en terme financier, logistique, technique… (ex : des voitures béliers de Daech, des attentats au couteau sur des militaires israéliens etc). Le terrorisme est un instrument utilisé par des groupes « faibles » contre des puissances et/ou des armées fortes ou des États.

Le terrorisme est également d’autant plus efficace que les impacts sont amplifiés par les médias. Il est donc logique qu’on assiste à une recrudescence des actes terroristes puisque le « village planétaire » décrit par MCLuhan dans The Medium is the Message amplifie l’impact des actions terroristes.

B) Mais c’est un moyen trop illégitime pour parvenir à ses fins

Les actions terroristes s’appuient généralement sur deux leviers principaux : une action violente pour faire aboutir la cause du mouvement terroriste, et le fait de mettre une pression sur les décideurs et les gouvernants pour les inciter à négocier. Pourtant, un nombre important de mouvements terroristes ont échoué. On peut citer par exemple les mouvements anarchistes ou nihilistes. Dans les faits, on constate l’effet inverse. Le terrorisme a tendance à souder la population visée voire au-delà, sur la base du caractère injuste d’attaques violentes contre des personnes qui ne sont pas responsables. De plus, le caractère radical de l’action terroriste peut causer des divisions internes au mouvement terroriste, au sujet justement de l’efficacité finale du recours au terrorisme pour la cause souhaitée, et ainsi affaiblir le mouvement terroriste.

Il y a cependant des exemples dans lesquels la population rejoint les mouvements terroristes.

II) Le terrorisme peut devenir efficace lorsqu’il parvient à écarter l’étiquette de terrorisme

Le sociologue Howard Becker, dans son ouvrage Outsiders (1963), développe la notion d’étiquetage qui a selon lui deux fonctions : désigner le déviant, et renforcer la solidarité et le sentiment d’appartenance commun. On peut considérer que le terrorisme devient réellement efficace en s’extrayant de cette « étiquette » soit en ralliant un large soutien, soit en s’institutionnalisation :

A) En obtenant le soutien de la population qu’il représente

Dans les faits, le terrorisme connait une double opposition. D’une part, une opposition entre le terrorisme contre des civils et le terrorisme contre des militaires ou des forces armées. D’autre, une opposition entre le terrorisme dans un situation de relative liberté et le terrorisme dans une situation de relative oppression. Ces différentes typologies de terrorisme entrainent des réactions différentes de la part des soutiens potentiels. Pour schématiser, un terrorisme, contre des militaires et dans un contexte d’oppression a d’autant plus de chances de rallier des soutiens (au niveau local dans la population défendue, mais également au niveau international voir même dans le pays qui est vu comme étant l’oppresseur). On peut citer comme exemple l’Algérie pendant la guerre d’indépendance. Tant que l’Algérie n’avait pas obtenu son indépendance, les indépendantistes radicaux étaient décrits comme des terroristes. De même, les mouvements de la Résistance française pendant la seconde guerre mondiale étaient décrits pendant l’Occupation comme des mouvements terroristes. Même si les moyens initiaux de ces mouvements sont limités, peu à peu, via le ralliement de la population, il ont pu triompher jusqu’au point où on ne parle plus d’eux comme des mouvements terroristes mais de résistance, ou de libération.

B) En s’institutionnalisant

Il y a a priori une opposition frontale, radicale, entre le terrorisme et la guerre. La guerre concerne une lutte entre États, et éclate en cas d’impossibilité de trouver des compromis. Cependant, parfois, le terrorisme est une première étape vers un autre type de conflit, plus institutionnalisé. Le but du terrorisme serait alors de faire prendre conscience du bienfondé d’une cause, avant son institutionnalisation vers un autre forme qui permet les compromis et les résultats concrets. Cependant, cette institutionnalisation peut être compliquée dans la mesure où le terrorisme est un mouvement radical et qui peut entrainer un cercle vicieux : terrorisme-répression-terrorisme.

Conclusion :

Cette question de l’efficacité de l’action radicale qu’est le terrorisme appelle une réponse mitigée. Le terrorisme est souvent efficace à court terme car il fait prendre conscience d’une cause et surgit de manière marquante dans les opinions publiques. A moyen long terme, il est souvent peu efficace, surtout s’il se coupe du soutien de masse des populations ou refuse la négociation. Cependant, l’efficacité du terrorisme est peut-être un faux problème puisqu’il suppose une rationalité pure des terroristes. Une partie du terrorisme échappe à coup sûr à cette rationalité.

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