Thème QC 2027 « Le Vivant » : guide complet pour le concours commun IEP

Thème QC 2027 « Le Vivant » : guide complet pour le concours commun IEP

📌 En bref

  • « Le Vivant » est l’un des deux thèmes du concours commun des IEP 2027, avec « La Paix ».
  • 5 angles disciplinaires à maîtriser : philosophie, politique, économie, écologie et technique.
  • Auteurs clés : Canguilhem, Foucault, Baptiste Morizot, Johan Rockström.
  • 3 erreurs fréquentes : réduire le vivant à l’écologie, oublier la dimension éthique, négliger le lien avec « La Paix ».

« Le Vivant » est l’un des deux thèmes retenus pour l’épreuve de Questions contemporaines du concours commun des IEP 2027. À première vue, ce thème semble relever uniquement des sciences naturelles ou de l’écologie. C’est précisément le piège dans lequel tombe la majorité des candidats. Dans cette vidéo et cet article, je vous donne les 5 grandes entrées disciplinaires pour aborder « Le Vivant » de manière pluridisciplinaire — et éviter les erreurs qui font chuter votre note.

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📺 Cette vidéo reprend les éléments essentiels de cet article. Je vous recommande de la regarder avant de lire la suite — elle vous donnera une vision d’ensemble en moins de 15 minutes.

📋 Sommaire

  1. Ce que le jury attend vraiment
  2. Angle 1 — Philosophie du vivant
  3. Angle 2 — Le vivant et le politique
  4. Angle 3 — La marchandisation du vivant
  5. Angle 4 — Vivant et écologie
  6. Angle 5 — Vivant et technique
  7. Bibliographie prioritaire
  8. Les 3 erreurs à éviter
  9. Questions fréquentes

Ce que le jury attend vraiment sur le thème « Le Vivant »

Avant d’entrer dans le contenu, posons-nous la bonne question : qu’est-ce que le jury évalue réellement dans une dissertation sur « Le Vivant » ?

Deux choses : votre culture générale — la capacité à mobiliser des références variées et précises — et votre capacité à construire un raisonnement argumenté, cohérent et nuancé. Ce que le jury ne veut pas, c’est un catalogue d’exemples sur le réchauffement climatique ou une liste de noms d’espèces en voie de disparition.

« Le Vivant » est un thème profondément pluridisciplinaire. Il touche à la philosophie (qu’est-ce que la vie ?), à la politique (qui décide des droits du vivant ?), à l’économie (comment le vivant devient-il marchandise ?), à l’écologie (quelles limites planétaires ?) et à la technique (que font les biotechnologies à la définition du vivant ?). Une copie qui aborde ces cinq dimensions de manière articulée sera distinguée du lot.

Les sujets possibles sont très larges : « Le vivant peut-il avoir des droits ? », « La vie a-t-elle une valeur marchande ? », « Le vivant est-il encore naturel ? », « Peut-on maîtriser le vivant ? » — autant de formulations qui nécessitent des connaissances interdisciplinaires.

Angle 1 — La philosophie du vivant : qu’est-ce que la vie ?

C’est le socle conceptuel indispensable. La philosophie du vivant pose des questions fondamentales auxquelles toutes les autres disciplines répondent à leur manière.

La question de la définition du vivant

Qu’est-ce qui distingue un être vivant d’un être inerte ? Cette question, apparemment simple, est l’une des plus débattues en philosophie des sciences. Georges Canguilhem, dans son œuvre fondatrice sur la biologie, montre que le vivant se définit d’abord par sa normativité : un être vivant est un être capable d’établir ses propres normes, de distinguer le normal du pathologique. C’est ce qui le différencie d’un simple mécanisme.

Henri Bergson, dans L’Évolution créatrice, introduit le concept d’élan vital pour saisir ce qu’il y a d’irréductible dans la vie — quelque chose qui échappe à la logique mécaniste et matérialiste. Cette intuition, quoique contestée par les biologistes contemporains, reste une référence philosophique essentielle.

Le biopouvoir — Foucault

Michel Foucault apporte une dimension politique majeure à la question du vivant avec son concept de biopouvoir : la façon dont les sociétés modernes exercent leur pouvoir non plus seulement sur les corps individuels, mais sur les populations comme entités biologiques. La gestion de la santé, de la reproduction, de la démographie — autant de formes d’exercice du pouvoir sur le vivant collectif. Ce concept est particulièrement pertinent pour des sujets comme « L’État a-t-il des droits sur nos corps ? » ou « La vie est-elle affaire publique ? ».

L’animisme revisité — Baptiste Morizot

Baptiste Morizot est l’un des philosophes contemporains les plus stimulants sur le rapport entre humains et non-humains. Dans Manières d’être vivant, il propose de réapprendre à cohabiter avec les autres êtres vivants — pas par sentimentalisme écologique, mais par un véritable effort de traduction entre espèces. Sa démarche questionne notre anthropocentrisme profond et ouvre une réflexion sur ce que signifie être vivant dans un monde partagé.

Angle 2 — Le vivant et le politique : droits, gouvernance et souveraineté

La question politique du vivant est aujourd’hui au cœur des débats contemporains. Qui a des droits ? Qui décide des usages du vivant ? Comment gouverner le vivant ?

Les droits des animaux et de la nature

La question des droits des animaux n’est plus une curiosité philosophique marginale — elle est au cœur de nombreux débats juridiques et politiques. Plusieurs États ont accordé des droits à des écosystèmes entiers (le fleuve Whanganui en Nouvelle-Zélande, la forêt amazonienne en Colombie). Ces décisions soulèvent une question fondamentale : le droit peut-il s’étendre au-delà de l’humanité ?

Le philosophe Peter Singer, avec sa théorie de la libération animale, et Tom Regan, avec sa défense des droits des animaux, ont posé les bases philosophiques de ce débat. En France, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) traite régulièrement de ces questions dans ses avis bioéthiques.

La bioéthique — un cadre institutionnel

La bioéthique est le cadre institutionnel dans lequel les sociétés démocratiques débattent des questions liées au vivant : l’avortement, l’euthanasie, la procréation médicalement assistée, le clonage, la recherche sur les embryons. En France, les lois de bioéthique sont révisées régulièrement, ce qui en fait un objet de débat démocratique vivant. Connaître les grandes lignes de ce cadre vous permettra d’illustrer concrètement vos dissertations.

La biopolitique — au-delà de Foucault

Les travaux de Giorgio Agamben sur la biopolitique, notamment dans Homo Sacer, poussent encore plus loin la réflexion foucaldienne. Agamben montre comment l’État moderne tend à réduire certains humains à leur « vie nue » — une vie biologique dépourvue de droits politiques. C’est une référence avancée, à mobiliser avec précision sur des sujets liés aux droits fondamentaux ou aux situations d’exception.

Angle 3 — La marchandisation du vivant

L’angle économique est souvent le plus négligé par les candidats — et donc celui qui fait le plus de différence sur une copie.

La brevetabilité du vivant

Peut-on breveter du vivant ? La question est loin d’être réglée. Les brevets sur les semences — notamment les OGM de Monsanto/Bayer — constituent l’un des exemples les plus emblématiques de la marchandisation du vivant. Ces brevets soulèvent des questions fondamentales : qui est propriétaire du patrimoine génétique ? Les paysans peuvent-ils ressemer leurs propres graines ? Le vivant peut-il être une marchandise exclusive ?

En 1980, l’arrêt Diamond v. Chakrabarty de la Cour suprême américaine a ouvert la voie aux brevets sur les organismes vivants génétiquement modifiés. C’est un tournant historique majeur que tout candidat sérieux doit connaître.

Les services écosystémiques

L’économie écologique a tenté de « donner une valeur » à la nature pour la protéger. Le concept de services écosystémiques — les bénéfices que les écosystèmes rendent à l’humanité (purification de l’eau, pollinisation, régulation du climat) — représente une tentative de faire parler le vivant dans la langue de l’économie. Cette approche est controversée : peut-on vraiment mettre un prix sur la forêt amazonienne ? Ou cela revient-il à ouvrir la porte à sa vente ?

Le marché du carbone et les limites du capitalisme vert

Les marchés de carbone sont une autre tentative d’internaliser les coûts environnementaux dans le système économique. Leur efficacité est débattue, et de nombreux économistes et écologistes critiquent ce qu’ils appellent le « capitalisme vert » : l’idée qu’on peut protéger le vivant tout en maintenant le système de croissance qui le détruit.

Angle 4 — Vivant et écologie : dépasser le réchauffement climatique

L’écologie est bien sûr incontournable dans ce thème — mais attention à ne pas s’y réduire. Le jury attend une réflexion qui va au-delà des constats sur le réchauffement climatique.

Les limites planétaires — Johan Rockström

Johan Rockström et son équipe ont identifié neuf limites planétaires que l’humanité ne devrait pas franchir pour maintenir un état de la Terre favorable à la vie humaine et non humaine. Ce cadre scientifique est devenu une référence mondiale pour penser les interactions entre les activités humaines et les systèmes naturels. Parmi ces limites : le changement climatique, l’érosion de la biodiversité, les perturbations des cycles de l’azote et du phosphore.

L’érosion de la biodiversité

La crise de la biodiversité est parfois qualifiée de « sixième extinction de masse ». Selon les scientifiques, le rythme d’extinction des espèces est aujourd’hui 100 à 1 000 fois supérieur au rythme naturel. Cette crise est indissociable de la question du vivant : que signifie « protéger le vivant » quand des milliers d’espèces disparaissent chaque année ?

L’écologie politique — Latour, Gattung, Illich

Bruno Latour, dans Face à Gaïa, propose de penser la Terre non plus comme un décor passif de l’activité humaine, mais comme un agent actif — Gaïa — avec lequel les humains doivent composer. Cette perspective remet en cause le dualisme nature/culture qui structure notre rapport au vivant depuis les Lumières. C’est une référence puissante pour les sujets sur la place de l’humain dans le monde vivant.

Angle 5 — Vivant et technique : biotechnologies et redéfinition du vivant

C’est l’angle le plus contemporain et sans doute le plus spectaculaire — mais aussi le plus risqué si on l’aborde de manière superficielle.

CRISPR-Cas9 — la révolution de l’édition génomique

La technique CRISPR-Cas9, qui permet de modifier le génome d’un organisme vivant avec une précision inégalée, représente une révolution comparable à l’invention de l’imprimerie. Elle ouvre des perspectives thérapeutiques extraordinaires (traitement de maladies génétiques) mais aussi des risques considérables (modification du génome humain germinal, « bébés designer »). En 2018, le scientifique chinois He Jiankui a annoncé avoir créé les premiers bébés génétiquement modifiés — une première mondiale qui a provoqué un scandale international et une condamnation unanime de la communauté scientifique.

La biologie synthétique

La biologie synthétique va encore plus loin que l’édition génomique : elle ambitionne de créer du vivant à partir de rien, de concevoir des organismes entièrement nouveaux. En 2010, le biologiste Craig Venter a annoncé la création du premier organisme vivant à génome entièrement synthétique. La question philosophique posée par cette prouesse est vertigineuse : si nous pouvons créer du vivant, qu’est-ce que cela dit de notre conception du vivant ?

L’intelligence artificielle et le vivant

L’IA pose une question inédite sur la frontière entre vivant et non-vivant. AlphaFold, le programme d’IA de DeepMind, a réussi à prédire la structure de la quasi-totalité des protéines connues — une révolution pour la biologie et la médecine. Plus fondamentalement, si une machine peut simuler les processus cognitifs du vivant, qu’est-ce que cela dit de la spécificité de la vie ?

Bibliographie prioritaire — ce qu’il faut vraiment avoir lu

Voici les références à prioriser. Vous n’avez pas besoin de tout lire — l’essentiel est de connaître les arguments principaux de chaque ouvrage pour les mobiliser avec précision.

Essentiels (à connaître impérativement)

  • Georges Canguilhem — Le Normal et le Pathologique (1966) : la référence philosophique sur la définition du vivant.
  • Baptiste Morizot — Manières d’être vivant (2020) : le livre de philosophie sur le vivant le plus accessible et le plus stimulant de ces dernières années.
  • Johan Rockström et al. — Planetary Boundaries (2009, article dans Nature) : le cadre scientifique de référence sur les limites du vivant terrestre.
  • Bruno Latour — Face à Gaïa (2015) : la référence philosophique sur le rapport humains/vivant non-humain.

Pour aller plus loin

  • Michel Foucault — La Volonté de savoir (1976) : pour le concept de biopouvoir.
  • Peter Singer — La Libération animale (1975) : la référence sur les droits des animaux.
  • Henri Bergson — L’Évolution créatrice (1907) : pour la philosophie classique du vivant.
  • Les avis du CCNE (Comité consultatif national d’éthique) sur les questions de bioéthique — disponibles gratuitement sur ccne-ethique.fr.
  • Les rapports du GIEC : pour les données sur le changement climatique et la biodiversité.

Les 3 erreurs à éviter absolument

❌ Erreur n°1 — Réduire « Le Vivant » à l’écologie

C’est l’erreur la plus commune. « Le Vivant » est bien plus large que l’écologie. Une copie qui parle uniquement de réchauffement climatique et de biodiversité passera à côté des dimensions philosophique, économique et technique du thème. Assurez-vous que votre plan intègre au moins 3 des 5 angles présentés dans cet article.

❌ Erreur n°2 — Oublier la dimension éthique

Les questions liées au vivant sont fondamentalement des questions éthiques : doit-on modifier le génome humain ? Les animaux ont-ils des droits ? Peut-on breveter du vivant ? Le jury attend que vous preniez position sur ces questions en argumentant, pas que vous les esquiviez au nom de la neutralité.

❌ Erreur n°3 — Ne pas faire le lien avec « La Paix »

Vos deux thèmes 2027 sont profondément liés. Les guerres pour les ressources naturelles (eau, terres, minerais) sont des guerres pour le vivant. La crise écologique est une menace pour la paix mondiale. Un candidat qui établit des ponts entre les deux thèmes dans sa copie montre une maturité intellectuelle qui sera valorisée par le jury.

Questions fréquentes sur le thème « Le Vivant »

Le thème « Le Vivant » est-il le même que l’année précédente ?

Oui — « Le Vivant » est reconduit pour la session 2027 après avoir été au programme en 2026. Cela signifie que vous disposez de plus de ressources disponibles (annales, corrigés, bibliographies) mais aussi que le jury a déjà évalué des copies sur ce thème et attend un niveau de maîtrise plus élevé.

Peut-on faire une dissertation entièrement sur la biodiversité ?

Techniquement oui, mais c’est risqué. Tout dépend du sujet posé le jour J. Si le sujet porte explicitement sur la biodiversité ou l’environnement, une approche centrée sur l’écologie est légitime. Mais si le sujet est plus ouvert (« Le vivant a-t-il une valeur ? »), vous devrez mobiliser des angles plus variés. C’est pourquoi il est indispensable de préparer les cinq angles présentés dans cet article.

Faut-il avoir des connaissances scientifiques en biologie ?

Non — le concours IEP ne teste pas des connaissances scientifiques au sens strict. Ce qui est attendu, c’est une culture générale pluridisciplinaire. Vous devez connaître les grandes lignes des débats sur le vivant (CRISPR, biodiversité, biopouvoir) mais vous n’avez pas besoin de maîtriser la biologie moléculaire. Restez dans votre registre : humanités, sciences sociales, philosophie.

Comment structurer un plan sur « Le Vivant » ?

Il n’existe pas de plan universel — tout dépend du sujet. En revanche, voici une logique qui fonctionne souvent : partir de la définition du vivant (thèse 1 : le vivant comme catégorie naturelle), montrer comment la technique et l’économie brouillent cette définition (thèse 2 : le vivant est une construction sociale et politique), pour ouvrir sur la question éthique (thèse 3 : quelles normes pour le vivant dans une société démocratique ?). Retrouvez notre guide complet du concours commun pour la méthodologie de la dissertation.

Ressources complémentaires sur concoursiep.com :

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