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Corrigé Concours Sciences Po Lille 2008 « Nous ne croyons pas ce que nous savons »

Corrigé Concours Sciences Po Lille 2008 « Nous ne croyons pas ce que nous savons »

Je vous propose aujourd’hui un sujet corrigé de l’épreuve de culture générale au concours de Sciences Po Lille 2008, pour l’entrée en Master. J’ai également commenté ma copie dans l’article consacré aux meilleures copie aux concours des IEP que vous pouvez lire via ce lien. Je pense que la lecture du corrigé et du commentaire sur ma copie peut être un très bon exercice pour se rendre compte du niveau d’exigence. Il vous permettra aussi de vous rendre compte que faire partie des meilleures copies n’est pas un exercice inatteignable.

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« Nous ne croyons pas ce que nous savons » J-P Dupuy.

Introduction

A son valet qui lui demande à quoi il croit, Molière fait répondre à Dom Juan, « je crois que deux et deux font quatre ». Si le but est implicitement de faire comprendre qu’il ne croit pas en Dieu, la sentence pose néanmoins problème. Le plus célèbre des séducteurs sait que « deux et deux font quatre ». Il est convaincu que cette proposition est vraie, et ne la tient pas pour vraie sans raison. C’est en ce sens qu’on peut dire, avec J-P Dupuy dans Pour un catastrophisme éclairé que « nous ne croyons pas ce que nous savons » et que le jeu de mots n’est pas fondé logiquement. 

Cependant, tout savoir repose toujours sur des conventions, des postulats qui sont critiquables ou au moins toujours potentiellement remis en question. La connaissance scientifique peut alors être vue, elle aussi, comme une croyance.

S’il peut sembler logique de dire que « nous ne croyons pas ce que savons », le savoir peut pourtant être bien souvent ramené à une simple croyance. 

Croire et savoir procèdent de deux logiques fondamentalement différentes, dont l’une a tendance à chasser l’autre, bien que les conditions de l’établissement d’un savoir laissent une large part à la croyance. 

Partie 1 : croire et savoir sont deux dynamiques différentes, et même antagonistes

Croire, c’est tenir une chose pour vraie, en être persuadé, alors que savoir, c’est être convaincu par l’expérience scientifique, le raisonnement… qu’une proposition est vraie. Ces deux logiques sont donc fondamentalement différentes, mais elles sont en plus totalement opposées. C’est notamment la thèse que défend Max Weber dans l’éthique protestante et l’esprit du capitalisme. Face au vaste mouvement de rationalisation de nos sociétés occidentales, dont il trouve des illustrations aussi variées que la science (émergence et codification des méthodes et démarches scientifiques), les arts (utilisation des partitions pour la musique, de la perspective pour la peinture…) … correspondrait un « désenchantement du monde », marqué par le recul des croyances. Devant les progrès de la recherche scientifique, du savoir, de l’éducation… convaincre devient en effet plus aisé puisque l’on peut s’appuyer sur des raisonnements et autres expériences et permet ainsi de lutter contre l’obscurantisme des croyances. Cette idée est illustrée par la démarche d’Auguste Comte qui, avec sa théorie des trois âges de l’humanité, pensait pouvoir établir le fonctionnement et l’évolution de toutes les sociétés. On voit donc bien que « nous ne croyons pas ce que nous savons » c’est-à-dire que le fait de savoir anéantit la croyance et ainsi les progrès scientifiques seraient la cause d’un certain recul de la croyance auquel on semble assister. 

Cependant, le savoir peut se heurter à la croyance et n’être pas accepté. On peut alors interpréter la citation  de JP Dupuy comme un regret. Nos sociétés n’adhéreraient pas assez à des savoirs qu’elles savent pourtant être vrais. Il y aurait un certain désintérêt, une défiance vis-à-vis du savoir. Le savoir, notamment théorique ne permettrait par exemple pas de comprendre. En fait, il semble que le savoir doit, pour être accepté, être en phase avec les croyances de nos sociétés. Pierre Bourdieu a ainsi montré dans Homo Academicus, que la recherche scientifique et universitaire était en partie orientée, par un ensemble de normes et de valeurs propres au champ universitaire. L’émergence d’un savoir scientifique, a priori rationnel et universel, peut donc être partiellement conditionné par les croyances et, dans une perspective plus large par la culture. On peut alors facilement comprendre les résistances à certains savoirs, et par exemple le fait que Galilée ait été taxé d’hérésie. Cette insuffisante croyance en ce que nous savons et qui a été démontré scientifiquement (qu’on pourrait par exemple expliquer par une déconnection des sphères de la recherche et celle de la transmission ou du monde réel, dont le symbole serait la phrase d’un économiste qui disait en substance que si la réalité ne correspond pas aux modèles économiques, alors il faut changer la réalité et non pas les modèles économiques) peut alors être préjudiciable au progrès. 

Cette citation de J P Dupuy peut donc être appréciée de différentes façons. Elle illustre que croire et savoir procèdent de deux logiques différentes et opposées mais elle peut aussi être comprise comme un regret que nous ne croyions pas assez en ce que nous savons, ce qui pourrait avoir des conséquences négatives. 

Partie 2 : Le savoir repose pourtant toujours sur des croyances, et gagnerait même à se présenter comme une croyance

Il convient pourtant de nuancer cette position en montrant que le savoir est toujours une croyance. Les fondements du savoir sont en effet toujours des construits et même s’il peut sembler excessif de dire que le savoir est une croyance, le savoir gagnerait toujours peu ou prou à se considérer comme une croyance. 

Ernest Renan écrivait que « la science est une religion », illustrant ainsi que tout savoir n’est pas un pur savoir et qu’il est toujours entaché de logiques qui peuvent le rapprocher de la croyance. Si on reprend la définition du verbe savoir que l’on a évoqué précédemment, savoir, c’est être convaincu qu’une chose est vraie (c’est-à-dire que cette chose ne se contredit pas logiquement et qu’elle est en adéquation avec le réel). Ceci suppose donc une démarche scientifique fondée sur un raisonnement, une expérience… bref cela suppose une certaine rationalité. Cette dernière a pourtant été largement remise en cause. Max Weber montre ainsi qu’il n’existe pas de rationalité « pure », mais que la rationalité s’inscrit toujours dans un système de valeurs qui encadre comportements et raisonnements, même si celui-ci n’est pas perçu consciemment. De même, l’économie, notamment avec H. Simon (qui parle de rationalité « limitée ») a pu montrer qu’il est impossible d’adopter un comportement rationnel car l’information disponible pour un agent n’est pas suffisante, ou même que la rationalité peut conduire à des situations irrationnelles (Keynes met ainsi en évidence les comportements moutonniers des agents qui, sur les marchés financiers, peut provoquer des crises). Au-delà de la seule rationalité, c’est tout savoir qui est potentiellement remis en cause. La prétention universelle de tout savoir est sujette à une limite importante : un savoir n’est jamais universel (c’est par exemple ce que K Marx reprochait aux « économistes bourgeois », de faire passer pour naturelles des lois qui n’existent que dans le cadre de la société capitaliste, qui, elle, est dépassable), il est toujours inscrit dans un paradigme scientifique donné (c’est ce que T. Khun a notamment montré). Michel Foucault a, avec son concept d’ « épistémè », aussi montré que le savoir s’inscrit toujours dans une certaine logique de la connaissance et dans un cadre de pensée propre à une époque et qui évolue. Ainsi, savoir c’est toujours croire, puisque les fondements du savoir et de la connaissance ne sont pas naturels, donnés mais construits et en constante évolution. Etre convaincu qu’une chose est vraie suppose toujours de croire que les bases sur lesquelles se fonde la démonstration sont vraies. 

Ce n’est pas tant le savoir qui est une croyance mais plus ses bases scientifiques. Pour autant, le savoir gagnerait peut être à se considérer comme une croyance et ainsi on pourrait expliquer pourquoi on peut interpréter la citation de J P Dupuy comme un regret. En effet, considérer que savoir c’est croire, c’est avoir conscience que le savoir repose sur des bases contestables et donc être conscient de ses propres limites à connaitre une réalité multiple et changeante. Un savoir qui ne prendrait pas en compte le fait qu’il est en partie une croyance risquerait alors de devenir dogmatique, c’est-à-dire de considérer qu’il faut l’appliquer aux autres etc. B. Pascal avait déjà souligné ce danger en énonçant qu’il fallait « suivre ceux qui cherchent la vérité et fuir ceux qui l’ont trouvé ». « Nous ne croyons pas ce que nous savons » dit J P Dupuy, et c’est peut être regrettable en tant que s’il est impossible de démontrer qu’une croyance est fausse (la philosophie a par exemple échoué dans la recherche des preuves de l’existence de Dieu) on ne peut pas pour autant prouver qu’elle est vraie. Pour éviter l’obscurantisme souvent dénoncé des croyances, le savoir est la meilleure arme, mais celle-ci est à double tranchant et peut aussi succomber à la prétention globalisante si elle oublie que le savoir est aussi une croyance. C’est pour cela K. Popper, dans les logiques de la découverte scientifique préconisait comme critère de vérité, le fait qu’un modèle se laisse évaluer et ne soit pas encore contredit. 

Conclusion

Nous ne croyons donc pas ce que nous savons puisque croire et savoir procèdent de deux logiques différentes et opposées. L’une d’elle tend à faire reculer l’autre, mais doit être en concordance avec l’autre. C’est pourquoi on peut interpréter la citation de J P Dupuy comme un regret. Regret que nous n’adhérions pas plus au savoir, source d’un monde meilleur, mais aussi que le savoir ne se considère pas assez comme une croyance, ce qui serait une barrière efficace à la fois au dogmatisme de la croyance et à la prétention universelle du savoir. 

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Analyse des sujets de questions contemporaines du concours commun 2019

Analyse des sujets de questions contemporaines du concours commun 2019

Les sujets de l’épreuve de questions contemporaines du concours commun 2019 sont :

– Faut-il tout dématérialiser ?

– Les institutions démocratiques peuvent-elles reposer sur le secret ?

Quelques réflexions et enseignements sur les sujets proposés :

Méthodologie de la dissertation et de l’analyse de sujet

La première chose qui m’a frappé en lisant les sujets de cet année, c’est la manière dont ils ont été formulé. Le sujet sur le numérique commence par « Faut-il … ? » et le sujet sur le secret est de manière indirecte un sujet du type « Peut-on … ? »

Ce type de formulation est typique des sujets de philosophie de terminale, et nécessite, pour ne pas faire de hors sujet (ou de traitement partiel du sujet) de bien analyser ces deux intitulés de questions, en particulier sous leur double sens : « Faut-il » veut dire à la fois « Est-il nécessaire … ? » et « Est-il moral … ? » ; « Peut-on » veut dire à la fois « Est-on capable … ? » et « A-t-on le droit … ? ».

                A mon sens, la formulation des sujets est un signe que le jury du concours ne souhaite pas désavantager les candidats de terminale par rapport aux candidats de niveau bac+1 ou les candidats ne faisant pas de prépa par rapport aux candidats issus de prépa. Un candidat sérieux de terminale, ayant assimiler la technique de dissertation en philosophie me semble parfaitement armé pour analyser et problématiser les sujets. L’étape de problématisation du sujet étant la plus importante pour obtenir une bonne note, il me semble que c’est un bon signe pour tous les candidats travailleurs et sérieux 😊

un sujet « classique » et un sujet plus « complexe »

Le deuxième élément que je retiens est la présence d’un sujet « attendu » et d’un sujet un peu plus complexe (en apparence). Les thèmes de culture générale ou de questions contemporaines comportent généralement des types de sujets « classiques ».

C’est le cas du sujet portant sur le thème du secret cette année. Le rôle paradoxal du secret dans le fonctionnement des démocraties était le thème central et attendu cette année. Lorsque je vous avais proposé des idées de sujets pour préparer le concours sur le thème du secret, je vous avais d’ailleurs proposé deux sujets à travailler sur l’articulation entre secret et démocratie.

                Le deuxième sujet en revanche, paraît un peu plus « complexe » de prime abord, et en tout cas moins facilement abordable.

Généralement, les candidats (en particulier les moins bons candidats) s’orientent vers les sujets « simples » ou « classiques ». Il devient donc plus difficile de « sortir du lot » quand on choisit un sujet simple. L’autre danger est aussi de choisir un sujet a priori « simple » et de partir vite sur un plan en analysant pas assez le sujet et donc de passer sur certains aspects (c’était un risque important cette année, voir mon analyse du sujet plus bas).

Vous l’avez compris, je conseille généralement de s’orienter vers le sujet « complexe » 😊

Des sujets qui permettent un « échelonnement » des notes.

Le troisième enseignement que je tire des sujets du concours commun 2019, est qu’ils permettent un échelonnement des notes en termes de correction, avec 3 catégories de copies :

  1. Un premier tiers de copies pour lesquels l’analyse du sujet n’est pas suffisante, en particulier l’analyse des double sens inclus dans la formulation, mais aussi l’analyse, la définition des autres termes. Comment problématiser le sujet « Les institutions démocratiques peuvent-elles reposer sur le secret ? » sans interroger les aspects juridiques qui régissent/réglementent/définissent une démocratie. Une démocratie repose en partie sur le secret. (Peut-on parler de démocratie si le vote n’est pas secret ?). Dans ces cas-là, votre copie a de forte chance d’être en deçà des attentes au concours et de se voir attribuer une note inférieure à 8/20 au mieux.
  2. Un deuxième tiers de copies ayant analysé le double sens des questions, défini et problématisé le sujet, de manière correcte, avec un plan basique (oui / non) etc. Vous vous trouverez alors dans le troupeau des candidats lambda, avec une note de 8/20 à 12/20
  3. Un troisième tiers de copies émanant de candidats ayant fait une analyse poussée et complète des sujets. Je trouve que les sujets proposés provoquent assez facilement des décalages entre un candidat normal et un bon candidat. Sur les deux sujets proposés, voici selon moi les deux termes qui vous permettaient de faire réellement la différence et sur lesquels il fallait insister et baser votre réflexion et votre problématique :

Faut-il tout dématérialiser ?

Le mot qui fait toute la différence est le mot « tout ». Le sujet ne demande pas s’il faut encourager ou limiter la dématérialisation. L’enjeu porte plutôt sur la manière de définir ce qui doit ou ne doit pas être dématérialisé. Et c’est là que le sujet devient intéressant. Comment définir concrètement les modalités et les choix en termes de dématérialisation ?

Les institutions démocratiques peuvent-elles reposer sur le secret ?

A mon sens, le terme important et qui risque d’être oublié est le terme « institution ». La définition sociologique d’une institution est une structure qui tend ou qui vise à se reproduire. Si le fonctionnement démocratique tend à promouvoir des principes de transparence en termes de fonctionnement des institutions, la logique même des institutions (leur propre survie/reproduction) les pousse à adopter des comportements ou des stratégies contraires à leur missions initiales. C’est là tout l’enjeu du sujet. La démocratie est un système politique qui est constamment en tension entre le respect de ses principes et sa nécessaire « survie » face à d’autres logiques.

Comment sortir de la guerre (1944 – 1947) ? Analyse du sujet de composition d’histoire au concours de Sciences Po Paris.

Comment sortir de la guerre (1944 – 1947) ? Analyse du sujet de composition d’histoire au concours de Sciences Po Paris.

Le concours d’entrée en 1ère année de Sciences Po Paris a eu lieu les 23 et 24 février dernier. Je vous propose aujourd’hui un retour sous forme d’une analyse d’un des deux sujets de composition. (ou qu’est ce que j’aurai écrit sur mon brouillon si j’avais du composer à votre place 😉 )

L’épreuve d’histoire en quelques mots

L’épreuve d’histoire de Sciences po comporte deux sous-épreuves :

  • une composition (dissertation) sur un sujet à choisir parmi deux proposés
  • une étude critique de document(s)

Pour le concours 2019, les deux sujets de composition étaient :

  • La République et la Question sociale, en France (vers 1880 – 1946)
  • Comment sortir de la guerre ? (1944-1947)

L’étude de document concernait les lois constitutionnelles de 1875.

Quelques conseils sur les sujets « déroutants » ou « complexes »

L’intitulé du sujet « Comment sortir de la guerre ? (1944 -1947) » peut dérouter à première vue.

D’abord parce qu’on a tendance à penser que cette question est une question opérationnelle ou politique, qu’ont dû se poser les dirigeants militaires ou politique de l’époque (comment finir au plus vite la guerre?) mais qui n’est pas réellement une question historique. Lorsqu’un sujet d’histoire est posé sous la forme d’une question c’est généralement pour décrire/interroger une transformation (ex. Comment la croissance économique des « Trente Glorieuses » a-t-elle transformé la société française ?).

Ensuite parceque les bornes chronologiques peuvent porter à confusion : en 1944, la deuxième guerre mondiale n’est pas finie (même si la dynamique est clairement en faveur d’une victoire alliée), mais elle l’est bien en 1947. En revanche, 1947 marque généralement l’entrée dans un autre conflit, la guerre froide. Notez bien que le sujet ne s’intitule pas « comment sortir de la 2ème guerre mondiale? ». L’analyse des bornes chronologiques doit donc déjà faire apparaître des questionnements qui vous serviront de base pour la construction de votre problématique.

Ce type de sujet est généralement un excellent moyen de se démarquer des autres candidats. Un nombre important d’entre eux vont se rabattre sur les sujet plus classique, et auront du mal à se démarquer. Je vous conseille généralement de vous attaquer au sujet qui paraît complexe, en particulier parcequ’il va vous forcer à vous creuser les méninges pour interroger et décortiquer le sujet. Quand le sujet parait trop classique, généralement on pense tout de suite au plan, aux connaissances et on oublie de réellement réfléchir et problématiser le sujet. A titre personnel, j’ai passé un nombre très important de concours et j’ai toujours obtenu de meilleurs notes sur des sujets complexes que sur des sujets classiques et trop balisés.


Mon analyse du sujet « comment sortir de la guerre? (1944-1947) ».

Pour l’exercice, je me suis forcé à faire cette analyse de sujet en 30 minutes. Le jury recommande de passer 2 heures 30 minutes sur l’épreuve de composition et il vous faudrait en effet passer 20 à 30 minutes sur l’analyse du sujet, la problématique et une ébauche de plan. Mes réflexions ne sont donc pas un corrigé, et peuvent contenir des réflexions qui ne seraient pas reprises dans votre copie car non alignées avec la problématique. Le but de cet article est surtout de vous montrer tout ce qui peut (doit?) sortir de votre analyse du sujet.

Analyse des termes du sujet.

Comment : comment renvoie à la fois à la question des moyens (quels moyens mettre en œuvre pour sortir de la guerre?) et de la manière (de quelle manière sortir de la guerre? ). En filigrane, on trouve la question de l’efficacité (comment vite sortir de la guerre? comment sortir de la guerre de façon durable? … ). On peut commencer à lister les moyens qui ont été mis en œuvre pour sortir du conflit : militaire (les débarquements, l’utilisation de la bombe atomique…), diplomatiques, économiques (reconstruction, dédommagements, plan Marshall…), ou sociaux, juridiques, en terme de relation internationales (création de l’ONU) , en terme de « mémoire » …

Sortir: Sortir peut recouvrer ici plusieurs sens : 1) mettre fin au conflit (arrêt des combats, signature des traités, démobilisation des troupes), 2) passer à un autre état, celui de l’après guerre, avec ce qu’il suppose : démilitarisation des sociétés, reconstruction sous tous ces aspects (économiques, politique, juridique, voire mentale), 3) sortir peut aussi être compris comme « éviter » au sens d’éviter une logique de guerre comme moyen de régulation des conflits entre états ou idéologies (ce qui ouvre des ponts avec la guerre froide qui se profile et la montée des organismes internationaux).

Le verbe sortir permet également de poser la question des étapes. Sortir d’une guerre ne se fait pas d’un coup, à la signature de l’armistice. En 1946, l’armée est encore mobilisée en France dans le cadre des grèves, en 1947, l’armée rouge occupe de nombreux territoires etc. etc. On a l’arrêt des combats, les signatures des traités, les démobilisations de troupes, les reconstructions etc etc. qui sont autant d’étapes pour la sortie effective de la guerre. On peut d’ailleurs légitimement s’interroger si en 1947, on est ou non sorti de la seconde guerre mondiale.

Guerre: je pense qu’il faut également interroger le terme de guerre. Il peut évoquer plusieurs réalités. L’aspect conflictuel, les combats en sont un. L’aspect juridique en est un autre (être en état de guerre, déclarée ou non). Enfin, de quelle guerre parle-t-on? La seconde guerre mondiale? Inclut on la guerre froide qui démarre? la guerre froide est elle une conséquence d’une « mauvaise » sortie de la seconde guerre mondiale?

Borne chronologique 1944-1947 : en 1944, le rapport de force s’est inversé. L’armée rouge avance. En Europe occidentale, des débarquements ont lieu. Progressivement se pose la question de terminer vite le conflit et les questions de l’après guerre se posent déjà entre alliés alors que les combats ont encore lieu (cf. la conférence de Téhéran fin 1943 acte des décisions de cet ordre). En 1947, alors qu’on n’est pas encore totalement sorti du conflit, le monde glisse progressivement vers une autre guerre.

Problématique

A mon sens, l’enjeu qui se cache derrière le sujet est la question de savoir ce qui fait (ou non) qu’au bout d’un processus avec de multiples étapes étalées dans le temps (arrêt des combats, jugement des responsabilités, reconstruction…), on peut dire (ou pas) que la société ou le monde est sorti de la guerre. Et le paradoxe de la sortie de la seconde guerre mondiale est que toutes les étapes ne sont pas réalisées lorsqu’on bascule dans un autre conflit. La sortie de la guerre se fait par l’entrée dans une nouvelle guerre.

Plan

I) L’urgence de la sortie de la guerre : Gérer les urgences liées aux conflits armés et à l’immédiat après guerre

Expliquer la nécessité de clôturer vite le conflit (volume des pertes civiles, « Solution Finale » à stopper )

Questionner les moyens de terminer le conflit armé rapidement avec les différentes options militaires à disposition et utilisée (ex. utilisation des bombes atomiques), mais également diplomatiques etc.

Les urgences de l’immédiat après guerre (réfugiés, retours des camps de concentration et d’extermination, nourrir les populations etc. etc).

II) La difficile (re)construction des fondations d’une paix durable

Décrire les chantiers de reconstruction à tous les niveaux (économiques, sociaux, juridiques, mémoriels, politiques…) entrepris pour sortir de la guerre et construire des instruments d’une paix durable : reconfigurations territoriales, reconstruction économiques, construction de dispositif de Sécurité sociale, jugements, création d’instances supra-nationales … et en quoi il contribuent à sortir de la guerre. Poser également la question de leur efficacité/difficultés.

III) Vers un nouvel équilibre mondial bipolaire

Le but de cette partie est de montrer comment malgré toutes les initiatives, les réalisations et les avancées vers la paix, on glisse petit à petit vers un nouvel équilibre via la guerre froide.

Qu’avez vous pensé du sujet? quel problématique et quel plan avez vous choisi?

Analyse de sujet de dissertation Sciences Po : exemple concret

Analyse de sujet de dissertation Sciences Po : exemple concret

Je vous propose d’aborder aujourd’hui un point de méthodologie de la dissertation, via un exemple adapté à l’épreuve de questions contemporaines. Cette étape est la base de l’exercice de la dissertation mais est trop souvent négligée par les candidats. Négliger cette étape peut vous entraîner vers des hors sujets ou vers des copies bancales, sans réelle réflexion. Pour rappel, le manque de réflexion personnelle sur les sujets proposés est le principal défaut relevé par les jurys dans leurs rapports.

J’ai choisi d’aborder cet exercice en l’adaptant à un sujet de dissertation soumis par un lecteur via Twitter : « faut-il réprimer les radicalités? »

Étape 1 : identifier pourquoi le sujet est important.

  • Identifier quel est l’enjeu?

Identifier l’enjeu d’un sujet de dissertation est une étape primordiale de son analyse, en particulier pour « vendre » votre copie. Identifier le ou les enjeux vous permettra de montrer au correcteur que vous avez compris en quoi le sujet est véritablement important. Par important, j’entends montrer au jury que le sujet vous intéresse profondément, au delà de l’impératif du concours, en tant qu’homme et citoyen.
Sur cet exemple, un des enjeux du sujet est par exemple la lutte contre les mouvements radicaux, par exemple le terrorisme. Alors qu’un certain nombre de débats ont émergé suite à la vague d’attentats terroristes islamistes, cette question est importante puisqu’elle pose la question de leur efficacité. Un bon moyen de trouver facilement l’enjeu d’un sujet de dissertation est d’identifier des applications concrètes sur des enjeux d’actualités.

  • Identifier pourquoi la réponse à la question ne va pas de soi. (la problématique)

Si on vous pose une question, c’est précisément parceque la réponse ne va pas de soi et n’appelle pas une réponse simple et manichéenne. Vous devez donc très vite analyser pourquoi cette question peut amener des réponses opposées. Les différentes réponses pourront être à la base du plan de votre dissertation. Généralement, lorsqu’on lit un sujet, une première réponse vient spontanément. C’est souvent ce qu’on appelle en philosophie le « sens commun ». Ici, pour le sujet traité, on a naturellement envie de répondre « oui » à la question « Faut-il réprimer les radicalités ». Les mouvements et opinions radicales sont potentiellement dangereux et il faut donc les réprimer pour éviter qu’elles ne prolifèrent et ne se développent.

En réfléchissant un peu, on peut pourtant se dire que :
– la répression n’est peut être pas le moyen adapté pour lutter contre les radicalités, voire même peut avoir des effets contre-productif.
– toutes les formes de radicalités ne sont pas nuisibles : les radicalités intellectuelles peuvent être fécondes, les mouvements artistiques radicaux permettent à l’art d’évoluer et de se renouveler. J’ai évoqué quelques pistes dans cet article.

Pendant cette étape vous pouvez également vous servir des références que vous avez étudié pendant vos révisions. Certains références sont clivantes et peuvent vous aider à identifier la problématique. Vous pouvez consulter un top 5 des références sur le sujet des radicalités sur cet article.

Vous tenez donc votre problématique !

Étape 2 : Définir précisément les contours du sujet.

  • définition des termes :

Il convient de définir précisément les termes principaux. Ici, il faut définir dans l’analyse de votre sujet : radicalités, réprimer ou répression.

Il est également impératif de jouer sur la question et distinguer les deux sens qui se cachent derrière la question « faut-il … ? ». Je vous invite pour cela à relire vos cours de méthodologie de philosophie.

Ici, il ne faut surtout pas oublier les deux sens du verbe falloir et il vous faut analyser votre sujet de dissertation avec ce prisme. Faut-il peut signifier : « est-il nécessaire » de réprimer les radicalités? ou « est-il de notre devoir de réprimer les radicalités? » La référence à la nécessité pose la question de l’efficacité. La référence au devoir et à la morale pose la question de la légitimité.

Si vous souhaitez approfondir ce terme, vous pouvez relire d’excellents articles sur le site sosphilosophie ici.

  • définition du périmètre :

Sur certains sujets, il faut définir le périmètre de votre réflexion. Ici, je ne vois pas l’intérêt de borner votre sujet. Le terme réprimer suggère tout de même que la question porte sur l’aspect politique du sujet puisqu’il comporte une évocation de violence.

Étape 3 : Construire votre plan.

Si vous avez précisément identifié votre problématique, le plan découlera simplement de celle-ci. Je vous conseille néanmoins de reformuler les parties des titres de plan afin de gagner en efficacité. J’ai évoqué dans un article précédent les types de plans possibles pour une dissertation au concours de Sciences Po et leurs forces et faiblesses.

Problématique :  La répression : un outil à double tranchant pour lutter contre les radicalités

I) un outil nécessaire.

A) La répression, un outil nécessaire pour éviter la prolifération des radicalités

B) La répression, un outil légitime au regard des dangers des radicalités

II) mais imparfait voire même contreproductif

A) Les mécanismes de la répression ne sont pas forcément les meilleurs outils pour lutter contre les radicalités

B) Les radicalités peuvent se nourrir de la répression voire émerger de celle ci.

Conclusion : la radicalité comme moyen de lutter contre la répression?

Le terrorisme est-il efficace? Corrigé culture générale concours commun des IEPs

Le terrorisme est-il efficace? Corrigé culture générale concours commun des IEPs

Dans cet article, je vous propose un corrigé sur le sujet « Le terrorisme est il efficace? ». Ce sujet rentre dans le cadre de l’épreuve de culture générale et de questions contemporaines du concours commun des IEP sur le thème « Radicalités » et « Révolutions »

Introduction

Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 contre le World Trade Center, ont provoqué très vite l’idée d’une entrée dans une nouvelle ère mondiale, avec une promotion sans précédent du groupe terroriste Al Quaida. De ce point de vue, cet attentant semble être une action de communication radicale mais extrêmement efficace au regard des moyens utilisés et des résultats obtenus du point de vue des terroristes. Pourtant, immédiatement après, les réactions ont été vives, dans les pays occidentaux, mais également au-delà. L’immense majorité des gouvernements, y compris dans les pays musulmans, ont condamné ces actions. Au-delà des critiques des attentats terroristes, un consensus a également largement émergé sur une intervention en Afghanistan, pour viser directement les terroristes. Les attentats ont également légitimé la mise en place d’une action militaire visant à détruire un régime soutenant les terroristes. De ce point de vue, on peut considérer que cet attentat a été efficace à court terme mais contre-productif à moyen ou long terme puisque vu comme non légitime. Pour autant, si le terrorisme n’est pas efficace à long terme, il est étrange de voir se multiplier les actions terroristes ces dernières années. Faut-il donc penser que le terrorisme est efficace, c’est-à-dire qu’il est un moyen adapté pour parvenir aux fins des terroristes ? Et si c’est le cas, en quoi ?

Nous verrons que si le terrorisme n’est pas efficace en soi faute de légitimité, certains terrorismes deviennent efficaces lorsqu’ils dépassent cette appellation.

I) Le terrorisme est inefficace car illégitime.

Il n’y a certes pas de liens entre l’idée d’efficacité et de légitimité. La première notion concerne l’adéquation entre les moyens mis en œuvre et les objectifs poursuivis. La deuxième notion concerne l’adéquation entre les moyens mis œuvre et leur acceptation sociale, notamment au regard des valeurs reconnues dans une société donnée.

A) Le terrorisme est un moyen efficace de semer la terreur.

Le principal levier d’efficacité du terrorisme est l’instauration d’un sentiment de terreur qui affecte la région, le pays, le groupe ethnique visé par le terrorisme … mais également au-delà les touristes, investisseurs, partenaires etc. On peut citer par exemple l’impact en termes de baisse de fréquentation touristique lorsqu’une région est touchée par des attentats terroristes. Cela a été le cas à Paris suite aux attentats de 2015, en Égypte suite aux attentats de Louxor en 1997…

Pour cela le terrorisme se fonde sur un type particulier de violence pour instaurer la terreur parmi les populations visées avec des caractéristiques particulières :

  • La réitération : le terrorisme désigne un état dans lequel les attentats sont récurrents, réitérés ou au moins vécus comme tels. Un attentat isolé ne suffit pas pour être en situation de terrorisme.
  • Le hasard : une des composantes importantes qui provoque la terreur est le fait que les victimes sont très souvent choisies au hasard, ce qui donne l’impression à l’ensemble de la population visée qu’elle est une victime potentielle,
  • La facilité de mise en œuvre : en terme financier, logistique, technique… (ex : des voitures béliers de Daech, des attentats au couteau sur des militaires israéliens etc). Le terrorisme est un instrument utilisé par des groupes « faibles » contre des puissances et/ou des armées fortes ou des États.

Le terrorisme est également d’autant plus efficace que les impacts sont amplifiés par les médias. Il est donc logique qu’on assiste à une recrudescence des actes terroristes puisque le « village planétaire » décrit par MCLuhan dans The Medium is the Message amplifie l’impact des actions terroristes.

B) Mais c’est un moyen trop illégitime pour parvenir à ses fins

Les actions terroristes s’appuient généralement sur deux leviers principaux : une action violente pour faire aboutir la cause du mouvement terroriste, et le fait de mettre une pression sur les décideurs et les gouvernants pour les inciter à négocier. Pourtant, un nombre important de mouvements terroristes ont échoué. On peut citer par exemple les mouvements anarchistes ou nihilistes. Dans les faits, on constate l’effet inverse. Le terrorisme a tendance à souder la population visée voire au-delà, sur la base du caractère injuste d’attaques violentes contre des personnes qui ne sont pas responsables. De plus, le caractère radical de l’action terroriste peut causer des divisions internes au mouvement terroriste, au sujet justement de l’efficacité finale du recours au terrorisme pour la cause souhaitée, et ainsi affaiblir le mouvement terroriste.

Il y a cependant des exemples dans lesquels la population rejoint les mouvements terroristes.

II) Le terrorisme peut devenir efficace lorsqu’il parvient à écarter l’étiquette de terrorisme

Le sociologue Howard Becker, dans son ouvrage Outsiders (1963), développe la notion d’étiquetage qui a selon lui deux fonctions : désigner le déviant, et renforcer la solidarité et le sentiment d’appartenance commun. On peut considérer que le terrorisme devient réellement efficace en s’extrayant de cette « étiquette » soit en ralliant un large soutien, soit en s’institutionnalisation :

A) En obtenant le soutien de la population qu’il représente

Dans les faits, le terrorisme connait une double opposition. D’une part, une opposition entre le terrorisme contre des civils et le terrorisme contre des militaires ou des forces armées. D’autre, une opposition entre le terrorisme dans un situation de relative liberté et le terrorisme dans une situation de relative oppression. Ces différentes typologies de terrorisme entrainent des réactions différentes de la part des soutiens potentiels. Pour schématiser, un terrorisme, contre des militaires et dans un contexte d’oppression a d’autant plus de chances de rallier des soutiens (au niveau local dans la population défendue, mais également au niveau international voir même dans le pays qui est vu comme étant l’oppresseur). On peut citer comme exemple l’Algérie pendant la guerre d’indépendance. Tant que l’Algérie n’avait pas obtenu son indépendance, les indépendantistes radicaux étaient décrits comme des terroristes. De même, les mouvements de la Résistance française pendant la seconde guerre mondiale étaient décrits pendant l’Occupation comme des mouvements terroristes. Même si les moyens initiaux de ces mouvements sont limités, peu à peu, via le ralliement de la population, il ont pu triompher jusqu’au point où on ne parle plus d’eux comme des mouvements terroristes mais de résistance, ou de libération.

B) En s’institutionnalisant

Il y a a priori une opposition frontale, radicale, entre le terrorisme et la guerre. La guerre concerne une lutte entre États, et éclate en cas d’impossibilité de trouver des compromis. Cependant, parfois, le terrorisme est une première étape vers un autre type de conflit, plus institutionnalisé. Le but du terrorisme serait alors de faire prendre conscience du bienfondé d’une cause, avant son institutionnalisation vers un autre forme qui permet les compromis et les résultats concrets. Cependant, cette institutionnalisation peut être compliquée dans la mesure où le terrorisme est un mouvement radical et qui peut entrainer un cercle vicieux : terrorisme-répression-terrorisme.

Conclusion :

Cette question de l’efficacité de l’action radicale qu’est le terrorisme appelle une réponse mitigée. Le terrorisme est souvent efficace à court terme car il fait prendre conscience d’une cause et surgit de manière marquante dans les opinions publiques. A moyen long terme, il est souvent peu efficace, surtout s’il se coupe du soutien de masse des populations ou refuse la négociation. Cependant, l’efficacité du terrorisme est peut-être un faux problème puisqu’il suppose une rationalité pure des terroristes. Une partie du terrorisme échappe à coup sûr à cette rationalité.