
Erreur n°1 : Oublier le sens étymologique de « radicalités »
Lorsqu’on évoque le terme de radicalité, on pense tout d’abord au fait d’être total, absolu, définitif voir extrémiste. C’est une des composantes essentielles du thème de questions contemporaines de cette année.
Pour autant, il ne s’agit pas de la totalité du sujet. On retrouve dans la radicalité le mot latin radix, qui signifie « racine ». La radicalité s’entend donc étymologiquement comme le fait d’être à la racine de l’objet étudié ou d’être sa racine. Ce serait donc la nature profonde d’une chose, ce qu’on appelle en philosophie son « essence ».
Le sens étymologique et le sens commun du terme de radicalité sont en réalité très liés. Par exemple, si on parle d’un courant religieux radical, on aura deux aspects. Le fait d’aller à l’essence de la religion en question, de retrouver les fondements de celles-ci (définition étymologique) peut se traduire à terme, par un rejet de certaines formes de pratiques religieuses qui ne seraient pas réellement au fondement (réel ou supposé) de la religion. On retrouve l’aspect absolu du terme radicalité.
Dans le sujet que vous aurez à traiter, vous ne parviendrez pas forcément à aborder ces deux sens, mais pensez-y lors de l’analyse de votre sujet afin de ne pas passer à côté de la moitié du sujet. La mise en perspective peut également vous servir de base pour conclure votre dissertation !
Erreur n°2 : Confondre Radicalités et Radicalisation
Le risque pour beaucoup de candidats est de se focaliser sur le thème de la radicalisation. Il s’agit d’un sujet bien plus documenté et fourni en terme de sources (journalistiques, universitaires etc. ) que le terme de radicalités. Il est fort probable qu’un certain nombre de candidats se laissent inconsciemment dévier du sujet initial pour se focaliser dans leurs révisions sur le thème de la radicalisation.
Le terrorisme, les processus de radicalisation, les programmes de déradicalisation etc. font bien évidemment partie du sujet et il est indispensable que vous fassiez des fiches sur le sujet et que vous en maitrisiez les faits et les références théoriques.
On peut imaginer un sujet d’épreuve du type « toute critique est elle forcément radicale? ». Sur un sujet de ce type, les éléments étudiés sur la radicalisation ne vous serviront qu’assez peu. Pire, sur un tel sujet, si vos axez trop votre raisonnement sur les aspects de la radicalisation, le correcteur risque d’être agacé en ayant l’impression que vous cherchez à plaquer des connaissances, qui n’apportent rien à la réponse au sujet. Cela sera d’autant plus le cas si 100 candidats ont fait de même lors des précédentes copies qu’il aura à lire…
Erreur n°3 : Oublier le pluriel de Radicalités
Le thème proposé au concours commun des IEPs de région est « Radicalités » et non « Radicalité ». Si le candidat ne doit pas se poser trop de questions sur la présence du pluriel à ce sujet, cela donne tout de même une indication forte sur la direction que le jury a souhaité donner au sujet. Si le sujet avait été formulé au singulier, cela indiquerait que le jury souhaite se concentrer sur l’essence de la radicalité, ses caractéristiques etc. dans une optique plutôt philosophique.
Le pluriel indique clairement qu’il faudra évoquer plusieurs type de radicalités, éventuellement pour les comparer, et en montrer les différences. Être radical au niveau politique ne signifie peut être pas la même chose qu’être radical au niveau artistique ou religieux.
Erreur n°4 : Se concentrer sur les radicalités politiques ou religieuses
Les deux sujets qui viennent naturellement à l’esprit quand on évoque le thème de radicalités sont :
– la montée des expressions religieuses radicales (montée du terrorisme islamiste par exemple)
– les mouvements politiques radicaux (extrémismes, populismes)
Pour autant, on peut trouver nombre d’autres expressions de la radicalité dans de nombreux domaines :
les expressions artistiques radicales:
Les successions de mouvements artistiques regorgent d’exemples où un mouvement artistique a été radicalement critiqué par un autre mouvement artistique radical. Une bonne copie pourra citer plusieurs exemples de mouvements artistiques radicaux (peinture, littérature, cinéma…)
la radicalité intellectuelle et scientifique:
De nombreux mouvements intellectuels ou philosophiques prônent une approche « radicale » ou des méthodes « radicales ». On peut citer par exemple le mouvement marxiste.
De manière moins idéologique, de nombreuses approches scientifiques et/ou philosophique revendiquent des méthodes radicales. Par exemple, Jacques Derrida, philosophe français adepte de la « déconstruction » revendique ce type d’approche.
Erreur n°5 : Se focaliser sur l’actualité
Le thème choisi comporte une forte dimension liée à l’actualité des dernières années. La montée des extrémismes religieux et du terrorisme, ainsi que la vivacité des partis politiques populistes viennent naturellement à l’esprit des candidats, y compris des candidats les moins bien préparés.
Le jury attends néanmoins des candidats qu’ils ne fassent pas uniquement référence à l’actualité récente. Le niveau élevé du concours impose une prise de hauteur vis à vis du sujet et de ses enjeux. Il est également indispensable d’apporter des références de penseurs, sociologues, journalistes, essayistes. Ces références sont généralement plus nombreuses et de meilleure qualité lorsqu’elles portent sur des sujets plus éloignés de l’actualité. Vous pourrez toujours trouver des ouvrages et des références traitant de sujets d’actualité mais il existe un risque non négligeable que la référence ne soit pas de bonne qualité. Rappelez-vous que les correcteurs des copies sont des enseignants et des universitaires et sont très attentifs au fait de citer des sources et en particulier des sources fiables et étayées.
Le jury appréciera également les éléments permettant une remise en perspective du sujet. Préparez en amont de l’épreuve des exemples qui ne sont pas issus uniquement de l’actualité. Par exemple, si vous voulez parler du terrorisme (qui est une forme d’expression politique radicale), évitez de prendre pour illustration les récents attentats djihadistes. 90% des candidats le feront, en particulier les moins bien préparés. Vous pouvez préparer une fiche sur le terrorisme d’ultra gauche des « années de plomb » en Europe (Cela tombe bien, vous pourrez vous en resservir pour l’épreuve d’histoire) ou encore sur le terrorisme anarchiste des années 1890.
Illustration : Vincent Corpet : « Massacre des Innocents », 2010 – huile sur toile
Quel plan adopter pour le concours de sciences po?
Les étudiants et lycéens préparant le concours de Sciences Po et des IEPs se posent généralement la question de la structure de plan à adopter. En particulier, l’idée du plan type sciences po, en deux parties et deux sous-parties revient généralement. Examinons les avantages et inconvénients des options à votre disposition. Plan en deux ou en trois parties ?
Le fonctionnement des plans en deux parties et en trois parties.
Un plan en deux parties se structure schématiquement de la manière suivante :
Partie 1 : thèse
Partie 2 : antithèse
où la thèse et l’antithèse sont deux réponses (apparemment) opposées à la question qu’est votre problématique. La conclusion vous permet, elle, de répondre en nuançant éventuellement la réponse.
Un plan en trois parties se structure généralement de la manière suivante :
Partie 1 : thèse
Partie 2 : antithèse
Partie 3 : synthèse
La différence avec le plan en deux parties réside dans le fait que la partie 3 cherche à dépasser la contradiction apparente entre les parties 1 ou 2, par exemple en prenant de la hauteur et/ou en changeant de perspective.
Avantages et inconvénients des plans en deux parties
Avantages : ce type de plan est généralement facile à construire (plan Oui/Non), il est adapté à la durée relativement courte de l’épreuve de culture générale ou de questions contemporaines et surtout il est clair (le correcteur comprends facilement où le candidats l’emmène).
Inconvénient : ce type de plan sera utilisé par 80% des candidats et il faudra se démarquer des autres candidats par un autre moyen. Ce type de plan présente également le risque de donner l’impression qu il est calqué de manière forcée et artificielle.
Conseils : Essayer de reformuler la manière dont vous présentez le plan pour éviter un plan « oui/mais en fait pas vraiment ». Vous pouvez par exemple utiliser d’autres oppositions pour confronter vos deux thèses. Par exemple, à court terme, oui / à long terme, c’est moins évident. Ou encore « D’un point de vue individuel, oui / d’un point de vue collectif, des effets d’externalité peuvent apparaître ».
Avantages et inconvénients des plans en trois parties
Avantages : ce type de plan vous démarquera des autres candidats. Si vous préparez Sciences Po et les IEPs depuis une prépa littéraire, vous serez rôdé à l’utilisation de ce plan.
Inconvénients : ce type de plan nécessite de faire plus de transitions entre parties, et est moins incisif qu’un plan en 2 parties. Il est donc moins adapté à des épreuves courtes comme celles des IEPs surtout si vous avez des problèmes de gestion du temps (et des difficultés à rendre des copies terminées).
Conseils : A éviter absolument si vous avez tendance à ne pas terminer vos copies fautes de temps.
Deux ou trois sous-parties ?
Au sein de chacune de vos parties, vous pouvez opter pour deux ou pour trois sous parties.
Si pour le nombre de parties à utiliser, la notion de durée de l’épreuve (le temps qui vous ai imparti), vos propres caractéristiques (avez vous des problèmes de gestion du temps?) peuvent influencer votre choix de structure de plan, il n’en est pas de même pour les sous parties.
L’élément qui doit dicter le nombre de sous parties au sein de chaque partie est la cohérence interne de votre raisonnement et vos arguments. En revanche, si vous optez pour une première partie en deux ou en trois sous-parties, il faut absolument que les autres parties en contiennent le même nombre. La dissertation est aussi un exercice de style avec des contraintes bien précises 😉
Vous pouvez voir des exemples de plans en deux parties et deux sous parties :